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Un paysan producteur de coton en République Centrafricaine

mercredi 30 novembre 2005

DAKAR, le 30 novembre (IRIN) - A trois semaines de la réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong Kong en Chine, des producteurs ouest-africains de coton dénoncent les subventions américaines et européennes qui menacent la survie des 15 millions de personnes dépendant de la culture du coton en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Les chances de trouver un compromis sur la question du coton étant très minces, certains chefs d’Etat africains ont critiqué le week-end dernier les propositions de l’OMC qui seront examinées lors de la prochaine conférence ministérielle qui se tiendra à Hong Kong du 13 au 18 décembre prochain.

« Il y a quelques années, le coton était pour nous, une source de richesse. De nos jours, il est devenu notre fardeau, un facteur d’appauvrissement. Cette tendance s’est surtout aggravée au cours des dernières années, marquées par une forte baisse des cours mondiaux », écrit le président malien Amadou Toumani Touré, dans la préface du livre ‘Négociations commerciales internationales et réduction de la pauvreté : le livre blanc sur le coton’.

Lancé mercredi dernier à Dakar par l’organisation non gouvernementale ENDA Tiers Monde, le livre souligne les impacts négatifs des politiques de soutien à l’agriculture de nombreux pays du Nord sur les pays d’Afrique, pour lesquels le coton occupe une place centrale.

La culture du coton fait vivre 10 à 15 millions de personnes au Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Cameroun, République Centrafricaine, Ghana, Guinée, Niger, Nigeria, Mali, Sénégal, Tchad et Togo, et près de 20 millions dans les 33 pays producteurs d’Afrique.

« Au Burkina, la place du coton est essentielle, nous l’appelons l’or blanc », a déclaré le producteur de coton burkinabè François Traoré, également président de l’Association des Producteurs de Coton Africain (Aproca), lors du lancement du livre à Dakar. « Il permet d’envoyer les enfants à l’école, de se soigner, d’acheter les matériels agricoles qui permettent d’assurer la sécurité alimentaire en produisant notamment des céréales ».

Mais de 1999 à 2003, les subventions versées aux producteurs de coton américains ont été de 12,47 milliards de dollars - trois fois le montant du budget global de l’agence de coopération américaine USAID - et ont provoqué d’importantes pertes pour les producteurs de coton d’Afrique de l’ouest et du centre, indique Eric Hazard, qui a dirigé la rédaction de l’ouvrage.

En 2001, les cours mondiaux du coton se sont effondrés du fait notamment des subventions accordées à quelque 25 000 producteurs de coton américains qui représentent à eux seuls 68 pour cent des subventions et 40 pour cent du commerce mondial de coton.

L’Union Européenne, pour sa part, représente 18 pour cent des subventions mondiales accordées au coton pour seulement 2,5 pour cent de la production.

« Après quatre années de négociations, tout le monde, y compris le FMI et la CNUCED s’accorde sur le fait que les pays d’Afrique ont 250 millions de dollars de pertes directes et un milliard de pertes indirectes », a déclaré Eric Hazard.

Près de 150 industries cotonnières africaines, installées dans des villes secondaires, risquent de disparaître, selon Ahmed Bachir Diop, directeur général de la Société de développement et des fibres textiles (SODEFITEX).

« Toutes les filières cotonnières africaines sont très déficitaires. Cela veut dire qu’elles risquent de disparaître rapidement. Que chacun, partout où il se trouve, fasse pression pour qu’elles ne disparaissent pas les unes après les autres », a-t-il déclaré à la présentation du Livre blanc sur le coton. Voyant leurs revenus diminuer de façon drastique, les producteurs de coton de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont lancé un cri d’alarme dès 2001, largement relayé par les media.

En mai 2003, les dirigeants du Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad, dont le coton constitue 30 à 40 pour cent des recettes d’exportation, ont saisi l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et réclamé la réduction des subventions à l’exportation du coton et des indemnisations pour les pertes de ressources subies.

Mais le dossier, qui a fait achopper le sommet de l’OMC de Cancun, au Mexique, en septembre 2003, peine à avancer, notamment en raison du manque de volonté politique des Américains et des Européens, selon M. Hazard.

« Mais il y a des résistances profondes liées au jeu des acteurs, aux rapports de forces entre les acteurs économiques en place, et les rentes autour », a-t-il indiqué.

Aux Etats Unis par exemple, les subventions profitent aux gros producteurs dont les intérêts sont farouchement défendus par le National Cotton Council, le lobby agricole le plus puissant et le mieux organisé, indique l’ouvrage.

La conférence ministérielle de Hong Kong (13-18 décembre 2005), représente l’espoir pour les producteurs africains de réparer « l’iniquité » d’une situation où « les producteurs parmi les plus compétitifs ne parviennent plus à vivre de leur travail au profit d’agriculteurs peu compétitifs mais fortement subventionnés ».

Au-delà de la conférence, c’est l’avenir de la filière coton en Afrique qui est en jeu.

« Pour la première fois depuis 40 ans, le prix au producteur risque d’être inférieur au prix à la production », selon le chercheur du CIRAD Kako Nubukpo. « C’est l’avenir des agricultures familiales qui est en jeu ».

Le livre peut être téléchargé gratuitement sur le site : www.enda.sn

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