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samedi 4 mars 2006

Par Patrick SABATIER

Les Européens connaissent les images tragiques des immigrants africains qui prennent d’assaut les barbelés de Melilla, ou dont les cadavres s’échouent sur les plages du détroit de Gibraltar ou de l’île de Lampedusa. Mais la marée montante de l’immigration ne déborde pas que les frontières du Vieux Continent. Le Nouveau Monde, pourtant fondé sur l’immigration, est lui aussi confronté au problème, né de la coexistence de la richesse (au nord du Rio Grande) et de la misère (au sud). Les vociférations montent aux Etats-Unis pour appeler à la chasse aux sans-papiers et à l’érection d’une Grande Muraille d’Amérique.

Une majorité de représentants ont voté une loi en ce sens, et les sénateurs débattent d’autres mesures pour limiter l’immigration. Le sort des onze millions de clandestins (estimés) qui travaillent dans les soutes de l’économie américaine est en passe de devenir un thème des élections législatives cet automne, et de la présidentielle 2008. D’un côté il y a ceux (républicains comme démocrates), fidèles au credo américain, pour qui l’immigration est une richesse, économique, mais aussi culturelle. De l’autre, ceux qui dénoncent le « coût » social de l’immigration, et y voient une menace ethnique ­ en raison de l’hispanisation de régions entières. George W. Bush résiste encore à ces « protectionnistes », soulignant que la croissance est alimentée par les immigrés, clandestins ou pas ; mais il ne peut plus être fidèle au poème d’Emma Lazarus, gravé sur la statue de la Liberté, et ouvrir en grand les portes du rêve américain aux « masses épuisées, misérables et entassées qui veulent vivre libres... ».

C’est que, depuis le 11 septembre, la sécurité est l’obsession nationale américaine, et qu’en temps de crise « l’étranger » est un bouc émissaire parfait. Pour ce qui est des grandes murailles, il en sera de l’empire américain comme de l’empire chinois. Les hommes parviennent toujours à les contourner.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=364435

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