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lundi 21 février 2005

LE MONDE | 15h18 - Il aura fallu dix ans de démarches au maire de Port-Saint-Louis-du-Rhône pour obtenir la première installation de machines à produire cette énergie renouvelable dans la région. Quatre autres projets sont en préparation.

Marseille de notre correspondant régional

Le vent parcourt l’immense plaine de la Crau à une vitesse ravageuse : des rafales de plus de 120 km/h couchent les joncs et bousculent les voitures qui descendent d’Arles à Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône). Dans le ciel rosé de l’aurore, les pales des deux premières éoliennes de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), installées depuis mars 2003 par le groupement d’intérêt économique (GIE) Mistral Energie, basé à Valence (Drôme), se détachent en haut de leurs piliers de 50 mètres de haut. L’une tourne, l’autre pas.

A l’est, les silhouettes de douze autres arbres à hélice, alignés le long du canal de Barcarin, sur des terrains du Port autonome de Marseille (PAM), se dessinent dans le disque rouge du soleil qui s’élève. Immobiles, installées dans le dernier trimestre de 2004, elles attendent que RTE et EDF aient achevé les transformateurs et les lignes capables de transporter l’électricité qu’elles produisent quand le vent souffle à plus de 15 km/h, c’est-à-dire presque tous les jours.

Ces quatorze éoliennes, auxquelles s’en ajouteront onze autres d’ici quelques mois, constituent la première tranche de la première ferme éolienne de la région - et cela semble un paradoxe au pays du vent "mestre", puisque le nom de mistral vient de là.

Philippe Caizergues, maire (sans étiquette) de l’ancienne petite cité communiste et ouvrière de Port-Saint-Louis-du-Rhône, n’est pas peu fier de cette primauté. Il dit aujourd’hui qu’il lui a fallu "dix ans d’effort, depuis 1995" pour arriver à ses fins. Persuadé que le renouveau de sa ville passait par des choix radicaux en matière d’environnement, il a dû vaincre "l’inertie, voire l’hostilité d’EDF, qui avait des projets concurrents avec le Port -de Marseille-, de la région, qui, lors du premier mandat Vauzelle, ne s’y intéressait pas, et de l’administration préfectorale, tatillonne à l’excès".

Dans sa commune, il a dû ensuite convaincre, au sein d’un comité de suivi ad hoc, la Ligue protectrice des oiseaux, qui formait avec les chasseurs un étrange front du refus, avant que tous les protagonistes se persuadent du bien-fondé de l’installation de ces belles machines, venues du Danemark, dressées dans les couloirs du vent.

Si Port-Saint-Louis a donné le coup d’envoi de l’éolien dans la région, d’autres projets commencent à émerger. Le PAM, qui a compris qu’il pouvait valoriser son immense patrimoine foncier, a lancé en 2004 un appel à projets pour l’implantation de quatre nouvelles fermes éoliennes sur les terres dont il dispose dans le secteur de Fos et de Port-Saint-Louis.

Le choix de la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos pour implanter les fermes, parmi les cent sites que les différents opérateurs ont repéré en PACA, paraît, avec le recul, évident : la plaine ouest de la Crau cumule l’avantage d’un vent régulier et celui d’espaces peu habités. Enfin, repaire d’industries de toutes sortes, elle est à proximité des clients consommateurs, ce qui économise le prix du transport et limite les pertes qu’il occasionne.

Les autres sites favorables de la région se situent dans la vallée du Rhône, sur les sommets du Vaucluse - les plateaux de Sault et du Lubéron - et sur quelques hauteurs alpines. Les inconvénients liés à la transformation des paysages y sont évidemment prégnants. Le parc naturel régional du Lubéron, toujours très vigilant, vient pourtant d’accepter le principe de l’implantation d’éoliennes sur ses bords ouest, près de Cavaillon (Vaucluse).

A l’heure actuelle, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans la région recense quatre projets de fermes éoliennes à l’instruction : un dans les Bouches-du-Rhône, à Fos-sur-Mer, deux dans le Vaucluse, à Visan et Bollène, un autre enfin dans les Alpes-de-Haute-Provence, à Châteauneuf-Val-Saint-Donat. Un projet mené par la communauté de communes de la vallée de l’Oule, dans les Hautes-Alpes, semble être en difficulté car le département de la Drôme, limitrophe, verrait l’arrivée des machines à hélice d’un mauvais œil.

Le directeur de l’Ademe, Grégoire Calléja, avance quelques raisons techniques au retard en matière d’énergie aérienne de la région, souvent opposée à Languedoc-Roussillon, mieux équipée. Premier handicap : le régime des vents est beaucoup plus régulier à l’ouest du Rhône qu’à l’est. Deuxième handicap : la Provence est très densément peuplée, ce qui limite les possibilités d’implantation car les constructions gênent la circulation du vent et les riverains craignent souvent l’arrivée des éoliennes.

Enfin, les zones favorables à l’éolien pâtissent de très pesantes servitudes aéronautiques provoquées par les deux aéroports civils de Marignane et d’Avignon, par les deux bases aériennes militaires d’Istres et d’Orange, et par la zone d’entraînement de pilotes de Salon-de-Provence - tous lieux où le gisement éolien est le plus riche.

A cela, M. Calléja ajoute deux difficultés, non locales, mais qui pèsent dans le retard ou le découragement des élus : "La lenteur administrative produite par les innombrables autorisations nécessaires à ces installations" qui apparaissent parfois rédhibitoires aux plus déterminés, et la lourdeur des "concertations en amont", condition indispensable à l’acceptation par la population et à la persévérance des élus.

Dominique Schmerber, responsable de Mistral Energie, qui aura eu, avec ses quatre salariés, le privilège d’être le pionnier de l’éolien au pays du mistral, ajoute un élément selon lui décisif : "La loi est tellement contraignante, avec son maximum de production de 12 mégawatts par parc, que cela bloque toute la filière." Mezza voce, il ajoute que ceux qui, par habitude, intérêt ou flemme, restent sourdement hostiles à l’éolien y trouvent toujours des ressources pour retarder les projets.

Ce que confirme M. Caizergues, quand il explique qu’"il faut une très forte volonté politique, qui a jusqu’ici manqué dans la région, pour faire avancer les dossiers de l’éolien".

Michel Samson

6,6 centimes le kilowattheure

# 629 éoliennes. La France, départements d’outre-mer (DOM) compris, fournit 386 mégawatts (MW) grâce à son parc de 629 éoliennes. C’est quarante fois moins qu’en Allemagne, le pays leader en Europe, qui produit 16 000 MW. L’Europe concentre les trois quarts du parc mondial. La France produit moins de 1 % de sa consommation électrique grâce à l’éolien. # 4 371 machines en plus. L’objectif fixé, pour 2010, par l’Union européenne de porter à 6 % la production électrique issue de l’éolien, suppose l’installation de 4 371 machines supplémentaires en France. # Languedoc-Roussillon en tête. Avec 17 parcs et 64 machines, le Languedoc-Roussillon est la première région pour ce type d’énergie, suivie par la Bretagne (7 parcs, 30 éoliennes), la Corse (3 parcs, 30 éoliennes), Rhône-Alpes (5 parcs, 28 éoliennes) et le Nord-Pas-de-Calais (7 parcs, 27 éoliennes). L’Ile-de-France ne dispose que d’une seule machine. # 6,6 centimes d’euro. La production de 1 kilowattheure produit par l’éolien coûte aujourd’hui 6,6 centimes d’euro. La réponse aux objectifs européens en 2010 engendrerait une augmentation annuelle de seulement 6 euros par foyer.

La consommation annuelle de 80 000 habitants

Le Port autonome de Marseille (PAM), qui est le plus grand propriétaire terrien de la commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône), a attribué, en janvier, quatre sites de la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos à quatre industriels de l’éolien. La Compagnie nationale du Rhône (CNR, groupe Suez) devrait construire dix éoliennes (30 mégawatts, MW), le groupe EDF Energies nouvelles, huit (24 MW), la Compagnie du vent, vingt (14,1 MW) et la Société française d’éoliennes huit (6,8 MW). Elles s’ajouteraient aux trente-sept en cours d’installation par Mistral Energie (31 MW) et aux quatre de la CNR (8 MW) déjà en cours de construction. L’achèvement de ce projet Opale pourrait se traduire par l’installation d’environ 90 machines d’ici à 2007, pour une puissance installée de 126 MW. Si tous ces projets sont menés à bien, la production annuelle, dans la ZIP, atteindrait 350 gigawattheure, ce que le PAM dit être "équivalent à la consommation annuelle d’une ville de 80 000 habitants".

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