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mardi 2 septembre 2008

01/04/2008 à 13:43

Test, officiellement appelé « Trait Bt1 test kit », qui détecte les protéines Yieldgard-Cry1AB contenues dans diverses variétés du MON810, un maïs génétiquement modifié par la firme Monsanto.(Photo : AFP) La Kenya Biodiversity Coalition, qui regroupe des organisations paysannes et des associations écologistes, a découvert des traces de MON810, une variété de maïs génétiquement modifié de la firme Monsanto, dans des semences commercialisées par une société sud-africaine.

Sur les 43 échantillons de maïs achetés dans les différents points de vente de semences de la vallée du Rift au Kenya en octobre 2007, 19 présentaient des traces suspectes.

Des tests supplémentaires ont été effectués par le laboratoire européen spécialisé, Eurofin. Les semences, commercialisées par la société sud-africaine Pioneer, ont révélé qu’elles étaient contaminées par du MON810, une variété de maïs génétiquement modifié de la firme américaine Monsanto.

La société Pioneer se défend d’avoir exporté délibérément les semences. La vente de la variété PHB 30V53 a été suspendue en attendant une enquête approfondie.

Le Parlement kenyan n’a pas eu le temps de discuter d’un projet de loi sur les cultures OGM en octobre 2007. Mais cette découverte confirme les soupçons des agriculteurs kenyans : ils cultiveraient des OGM sans le savoir.

Toujours plus d’OGM

L’Afrique du Sud a été la première du continent africain, il y a une dizaine d’années, à planter des OGM.

Selon le rapport 2008 de l’ISAAA *(International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Application), l’Afrique du Sud est devenue le 8ème producteur d’OGM du monde, avec 1,8 million d’hectares de maïs, soja et coton.

57% du maïs sud-africain est génétiquement modifié. 80% du soja et 90% du coton.

Il s’agit de variétés résistantes aux insectes. Les variétés présentées par les pro-OGM comme résistantes à la sécheresse, sont encore l’objet d’expérimentations.

L’implantation des OGM en Afrique du Sud a toujours été dénoncée par les mouvements écologiques et alternatifs comme le cheval de Troie, introduit dans la citadelle africaine par les multinationales de la biotechnologie.

L’absence d’information, le manque d’intérêt de l’opinion publique et la faiblesse de nombreuses législations nationales ne permettent pas de surveiller efficacement ce qui se fait en matière de cultures génétiquement modifiées.

Ainsi, la carte des cultures OGM dans le monde, présentée dans le rapport de l’ISAAA, ne correspondrait pas à la réalité africaine. On y voit apparaître la seule Afrique du Sud, alors que des cultures existent -sur de moindres surfaces- dans d’autres pays du continent.

Selon les organisations écologistes, les zones de cultures OGM seraient plus étendues que ne le prétendent les organismes internationaux.Source : Clive James/ISAAA.

Selon les organisations écologistes, les zones de cultures OGM seraient plus étendues que ne le prétendent les organismes internationaux. Source : Clive James/ISAAA.

Un discours bien rôdé

La première tentative d’introduction d’OGM sur le continent africain au début des années 2000 a été de distribuer de l’aide alimentaire, provenant des surplus des cultures OGM américaines. La Zambie, l’Algérie, le Soudan, l’Ouganda, le Malawi, l’Angola ont résisté, en dépit des menaces du Programme alimentaire mondial de ne plus fournir d’aide. Le Bénin aurait, lui, bénéficié d’aide alimentaire OGM sans le savoir.

Accepter les OGM signifiait alors pour les pays africains de se voir fermer les marchés européens hostiles aux cultures génétiquement modifiées.

Les OGM ont fait du chemin depuis, avec des arguments imparables : augmenter la production et limiter les coûts des intrants. La perspective de cultiver des plantes résistantes à la sécheresse, présentées comme des moyens de combattre les disettes, a relancé l’engouement de certains gouvernements pour la production à grande échelle.

Le Mali cultive du coton Bt malgré l’opposition d’une partie de la population. La société Monsanto aurait conduit des expérimentations clandestines au Sénégal.

L’ISAAA dit dans son rapport, avoir bon espoir de voir céder le Burkina Faso, déjà producteur de coton Bt, sur les autres cultures d’OGM. L’effrondrement des cours mondiaux du coton a peut-être freiner cet enthousiasme, mais il incite les agriculteurs à se reconvertir dans d’autres cultures, comme le maïs, très en vogue avec les agrocarburants.

Les législations nationales qui interdisent souvent l’importation des produits génétiquement modifiés, autorisent la recherche locale.

L’Égypte a une politique pro-OGM. Le colza (canola) est commercialisé. Des essais sont menés sur le melon, le concombre, le maïs, la pomme de terre, les courges, la canne à sucre, la tomate, le coton et le blé, avec le soutien de la coopération américaine (US Aid).

Au Kenya, la plupart des grandes sociétés de biotechnologie (Monsanto et Syngenta) sont présentes et ont fait des essais sur la patate douce, le manioc, le coton, le maïs. Pour cette dernière plante, la version OGM n’a pas résisté au principal ravageur de la région.

par Marion Urban http://www.rfi.fr/actufr/articles/099/article_64488.asp

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